Cheveux d’Islande

1.1

     Je cliquais et commentais, ne pouvant me contenter de contempler une photo qui me faisait rêver, des chevaux à l’air libre et sauvages et de savantes teintures de pâturages enragés. J’aime l’Islande. Ses chevaux et la liberté qu’ils savent prendre, la chaleur

des sous-sols et le froid qu’ils engendrent. Je savourais le pastel des pixels.

      Mon commentaire fut apprécié, le pouce levé, commenté à son tour puis déprécié par la femme couchée auprès de moi.

- A qui écris-tu ?

- Personne. C’est Facebook. Je commente les digressions.

- Elle est belle ta nouvelle copine ?

     Si je ne m’étais préoccupé du regard fou furieux derrière mon dos, je l’eusse fait rond. J’aimais, tenté tout autant par un reset que par le dialogue virtuel qui s’instaurait sur mon écran. Je marmonnais peu convaincu, « Regarde son profil ! Elle n’a pas l’air terrible ! ». C’était vraisemblablement une très jolie fille et nous avions pour le moins l’amour commun des grandes froideurs du nord. J’entendis la porte claquer. Elle revint, ah non pour s’excuser, pour récupérer son lecteur Ipod, pour peu que nous soyons condamnés à passer plusieurs nuits l’un sans l’autre. Ma fellation arrachée la veille lors d’un pari stupide – Je ne perds jamais mes paris ! – ne serait que partie remise. Il en faudrait du temps et de l’excuse pour noyer la broutille dans le quotidien.

 

     Dans mon lit, peut-être enfin libre, peut-être regrettant la soirée qui s’effaçait, je m’accommodais à cette solitude si récurrente et commentais le dernier commentaire. Sur la mezzanine, bercé par un soudain ronflement féminin et le gémissement de multiples gironds, mes yeux s’éclipsaient. Il faisait noir mais là bas déjà si jour. Mon ticket était pris et je tanguais entre la chair ferme et le ronronnement des moteurs. Je naviguais.

Il m’en fallut du temps au sortir de l’aéroport pour me remettre de mes courbatures et m’accommoder à la petitesse des infrastructures locales. Je m’accompagnais hagard, me tenant par la main pour ne pas sombrer de retour, me pinçant pour me vacciner d’un somnambulisme inquiétant. Dans un anglais balbutiant je négociais la location d’un véhicule avec une si jolie blonde dont le timbre diaphane me fit vite comprendre qu’elle ne connaissait pas la nuit malgré son teint blanc et la rondeur pleine lune de son visage.

Il me fut confié une petite Volkswagen rouge. Je mis le contact tout en allumant une cigarette prohibée. Quarante kilomètres me distançaient de Reykjavik mais après seulement deux ou trois kilomètres je coupai le contact sur une route dangereusement étroite. Je sortis et, adossé au capot, contemplais le soleil couchant se relever derrière une grue et un chantier que l’on imaginait n’avoir jamais cessé de vibrer comme s’il ne lui eût été offert le loisir de se reposer.

Il faisait nuit. Le jour se levait. J’étais Islandais. Pour quelques jours, quelques mois, ou des années, déraciné de ma province mais d’ores et déjà apprivoisé par un univers plus vaste encore que ne l’était mon rêve.

Je remis le contact. Trouver un lit. Première préoccupation

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